La rentrée est arrivée, avec ses multiples activités à choisir. Cette année, ce sera chant. Depuis longtemps, tu hésites, mais cette fois, c’est décidé, tu te lances.
Cours de technique vocale pour améliorer sa voix, sa respiration, son bien-être… Mais pour aller vers quoi ? Chorale, chant en solo ?

Je te propose de découvrir le chant lyrique…
Non, non, ôte-toi cette image de la tête, trop développée par les BD… Le chant lyrique ce n’est pas une dame de forte corpulence qui chante très, très, très fort ! D’ailleurs si tu me vois, avec ma taille XS, le volume qui sort de moi peut parfois surprendre ! (De ma petite-fille de 4 ans, aussi, d’ailleurs !)
C’est ce style que j’ai choisi de chanter quand j’avais 10-12 ans. Je voulais déjà être cantatrice… Alors, pourquoi ? et qu’est-ce que ça m’a apporté ?
Qu’est-ce que le chant lyrique ?
Du chant d’opéra ? Oui, mais pas que !
On l’appelle aussi chant classique. En fait, il y a de très nombreux styles, puisque ce qu’on appelle de façon générale le chant classique ou lyrique couvre plusieurs siècles de musique, du Moyen Âge à l’époque contemporaine.
Pour le Moyen-Âge, on parlera plutôt de musique ancienne. Ensuite Renaissance, puis Baroque, Classique et le 19ème siècle où il y a de nombreux styles très divers.
Et puis, il y a plein d’occasions de chanter : pour danser, jouer de la comédie, faire des célébrations sacrées, pleurer, rire, faire la fête …
Et chaque époque a vraiment sa manière de chanter, qu’il va falloir étudier. Ce qui t’amènera sans doute à choisir, tant les domaines sont vastes et demandent du travail, et surtout un façonnage particulier de la voix.

Est-ce que tu vas aimer poser ta voix lentement, puissamment, déclamer de la poésie : comme avec Jessie Norman dans Wagner ou bien Franz Joseph Selig dans Mozart …
Ou tu vas peut-être aussi entendre parler du Bel Canto : une manière de chanter très ornée, du 17ème au milieu du 19ème siècle. Là il va falloir que tu apprennes à faire des prouesses. Et c’est vraiment génial quand on y arrive. Notamment comme ces merveilleux chanteurs :
- Vivaldi : avec la soprano Emöke Baráth,
- Mozart : avec la mezzo-soprano Cecilia Bartoli
- Rossini : avec la soprano Julie Suchs,
- Donizetti : avec le ténor Juan Diego Florez
Mais il va te falloir quelques années avant d’arriver à ces airs difficiles. On va commencer par le début !
Qu’est-ce que tu vas trouver dans le chant lyrique ?
Pour moi, en premier : de quoi exprimer un caractère intense !
Avant tout, une manière de chanter à fond, pas seulement puissamment, mais avec toutes tes émotions. Tu vas travailler avec tout ce que tu es. Si tu es bloqué dans quelque chose que tu ne sais pas exprimer, le chant va te permettre de te libérer.

Maria Callas, l’archétype de la Diva, tout en intensité, aussi bien dans sa vie que sur scène.
Quand tu dois t’exprimer dans la vie de tous les jours, tu peux avoir du mal à trouver tes mots. Là, avec la musique, tu n’as pas à les chercher. Laisse-toi envahir par elle et laisse-la s’exprimer en toi. Plus tu vas apprendre et plus tu sauras aller à la recherche en profondeur. Et je peux dire qu’avec tous les grands maîtres qui ont exprimé leurs détresses, ou leurs grandes joies, tu as de quoi faire !
Et surtout, avec l’opéra, tu n’as pas à avoir peur d’en faire trop ! C’est déjà fait ! Regarde Berlioz ou Wagner avec leurs opéras de 4 heures ! J’aime ce trop plein d’intensité !
Un travail en profondeur et en précision :
Je suis toujours émerveillée de la qualité d’écriture des compositeurs qui nous ont précédés.
Que ce soit dans la beauté de la mélodie, de la qualité de la psychologie des personnages, de la finesse des émotions qu’ils nous demandent d’interpréter. La richesse des rythmes également, à toutes les époques. Quand on déchiffre un morceau, on est presque toujours surpris de ce qui vient derrière. C’est l’inventivité de ces grands génies qu’on trouve à chaque seconde. Et puis c’est vrai qu’un morceau vieux de 500 ans, il a eu le temps de faire ses preuves.
On n’a jamais fini d’apprendre et toujours on découvre de nouvelles choses. On doit sans arrêt parfaire notre technique pour s’approcher toujours plus près de la capacité à interpréter toutes les subtilités de la partition sans jamais faire ressentir aucune fatigue et difficulté.
Beaucoup de technique à apprendre :
Comme dans les musiques actuelles, tu as à apprendre à te servir de ton souffle et à placer ta voix. Mais qu’as-tu à apprendre en plus ?
Tu vas avoir à utiliser une plus grande longueur de voix, une grande agilité et une grande puissance. Rappelons que le chant lyrique se pratique à voix nue, tu ne vas pas utiliser de micro. Tu dois donc apprendre à optimiser la puissance de ta voix, mais aussi la longueur de souffle ! Les phrases musicales sont pour la plupart du temps bien plus longues dans le classique.
Et tu as à apprendre à faire tout un tas d’ornements : les piqués (comme dans le 2ème Air de la Reine de la Nuit), les roulades (les 4 notes avant la série de piqués), les trilles…

Donc tu vas avoir besoin d’apprendre le solfège, les styles de musique pour savoir comment chanter un morceau de 17è siècle ou du 20ème
Alors est-ce que du coup, ces difficultés ce n’est pas trop ?
Pour moi, c’était aussi cela qui était plaisant. Ce plaisir d’apprendre à maitriser les difficultés et la joie quand j’y parvenais.
Mais ne t’inquiète pas. Tu vas mettre un pas devant l’autre et tu t’arrêteras quand tu le souhaiteras.
Comment commencer :
On trouve de forts beaux morceaux qui ne sont pas trop durs. En général, je vais plutôt les choisir dans ce qu’on appelle les « Arie antiche », airs anciens, plutôt italiens des 17ème et 18ème siècles. Mais même dans les airs du 19ème siècle, on en trouve quelques uns abordables. J’aime bien travailler en italien parce que c’est une langue qui permet de bien ouvrir la gorge et d’obtenir une voix bien ronde. Le français étant la moins aimée des élèves en classique, et sans doute de très loin la plus difficile à bien faire sonner.
Ensuite il y a, à équivalence, l’anglais et l’allemand. Dans les cours de chant lyrique, j’inclus aussi la musique irlandaise au même titre que la musique ancienne.
Voici deux airs des Arie antiche que j’aime beaucoup, et dont je ne me lasse pas, depuis 50 ans que je les ai appris et que je les enseigne :
- Caro mio ben – Giuseppe Giordani
- Se tu m’ami – Giovanni Pergolesi
Il y a aussi le travail avec les fameux Vaccai, des arias très courts écrits pour l’étude avec tout d’abord de jolis airs sur chaque intervalle et ensuite sur les diverses acrobaties à travailler. Maria Callas les pratiquait quotidiennement.
J’espère t’avoir donné envie de tester. Et puis tu peux aussi faire comme certaines de mes élèves (j’ai peu de garçons malheureusement) : deux ou trois airs classiques, 2 ou 3 en musiques actuelles… c’est très bien aussi ainsi !
